Cet après-midi, vent glacial, en route pour République. Les CRS verrouillent très solidement les rues dans le 11e, cela devient même difficile d’accéder au cortège. J’ai une curieuse impression : je vois beaucoup de Français juifs et peu de monsieur Tout-le-Monde. Mais où est la France antiraciste de mon enfance ? Toutes ces manifs que je fais depuis que je suis haute comme deux pommes à côté de ma mère ?
Je marche dans le cortège de SOS Racisme, plus détendu et un peu plus mélangé que les autres. Mais à écouter les anciens slogans venus directement du siècle dernier (”F comme Facho et N comme Nazi, à bas, à bas le Front national “. “Nous sommes tous des enfants d’immigrés “), je me dis qu’on est bien mal au point. J’ai demandé à d’autres amis présents en divers endroits : dans la marche, il y avait une immense majorité de Juifs, plus de 70 %, si ce n’est plus. Mais qui se sent concerné ? Il y a les élus de la France, pas le peuple français me dit quelqu’un proche de moi. Mais elle est où notre République ? Manifester contre la barbarie mobilise si peu de gens ? Que faut-il de plus? Ce crime est horrible, il devrait nous contraindre à réfléchir. Mais les Français tergiversent… les motivations politiques prennent le dessus, on en oublie presque qu’un homme, Ilan Halimi, est mort, torturé dans notre pays, cela nous aurait semblé inimaginable il y a dix ans me dis-je en étant à côté de ma mère, combien de manifestations pour les Droits de l’Homme avons-nous faites ensemble en 30 ans… ?
Le 1er mai 2002, Place de la République, une France sonnée qui refusait de voir sa propre image descendait dans la rue comme pour exorciser ses démons. Quatre ans plus tard, il ne reste que des discours. La division du mouvement antiraciste rend visible l’éclatement de la gauche comme le refus du MRAP d’y participer, refus qui a au moins le mérite d’expliciter un peu les choses. Certains jouent avec les ambiguïtés, tout le monde ne pense qu’aux élections, aux partis politiques, au pouvoir. Pendant ce temps là sur le terrain, l’absence est visible*. Les tensions sont telles que s’exprimer vous range aujourd’hui d’un côté ou de l’autre. Vous êtes nuancé, vous souhaitez trouver des solutions pour que tout le monde puisse vivre bien ensemble, là n’est pas le propos. Il faut conquérir, gagner, avoir le dessus, personne ne cherche la réconciliation, mais la victoire. Un peu comme si on n’attendait que des conflits viennent nous sortir de cette impasse, comme si tout le monde voulait une guerre pour se détourner de son propre reflet. Je marche à pied pour rentrer à la maison, sur le kiosque à journaux à Bastille, une affiche du Courrier International titre : “Demain la guerre avec l’Iran”.
Des points de vue intéressants :
La gauche sectariste de la manif, par Sylvain Attal.
Pourquoi j’irai dimanche au rassemblement citoyen contre l’antisémitisme, par Michèle Fitoussi.
* Yann Wehrling (Verts), qui avait annoncé sa présence, ne se trouvait pas dans les premiers rangs au démarrage de la manifestation, tout comme le PCF, dont une délégation d’une centaine de personnes, conduite par Marie-George Buffet, était présente presque en queue de cortège, selon le service de presse du parti.
(source Yahoo Actu)




















Un commentaire
Natacha,
Le point de vue de Los Angeles Times:
http://www.latimes.com/news/nationworld/world/la-fg-projects26feb26,0,2275676.story?coll=la-home-world
C’est une histoire qui touche tout le monde. Le manque d’humanité chez certains gens est vraiment effrayant.
A propos de cette photo. Est-ce que c’est la France qui est malade ?